Le baptême de Clovis, à Reims, le 25 décembre 499 marque le début du lien entre le clergé et la monarchie française, dorénavant le souverain règne au nom de dieu, et seuls ses descendants directs peuvent prétendre au trône. Entre 500 et 1075 l’occident se christianise ; un rappel toutefois, puisqu’il faudra parler d’islam : en 730 la pression croissante des Arabes sur le midi de la France est perçu comme dangereux. Si la vague musulmane sur la Gascogne, et sur la Touraine est brisée par Charles Martel en octobre 732 la Reconquista sera complète en 1492 avec la chute de Grenade, ultime réduit d'Al-Andalus (l'Andalousie arabe).
Revenons à l’Europe du nord !
Entre 1075 et 1302 les querelles entre les papes et les empereurs ou les rois furent nombreuses. Les premiers cherchaient à imposer l’autorité du Saint Siège sur la chrétienté ; les seconds à établir et renforcer leur souveraineté. Voir par exemple le conflit qui opposa le pape réformateur Grégoire VII aux empereurs d’Allemagne et se termina en 1122 par le concordat de Worms ou celui qui opposa Innocent III aux rois de France, d’Angleterre et de Prusse et s’acheva sous le pontificat de Boniface VIII (1302).
Ces conflits font émerger la distinction politique/religieux, spirituel/temporel et, ainsi, concourent à la maturation politique des États européens, la laïcité est un fondement des États modernes.
Les prémisses de la laïcité, le gallicanisme, se trouvent dans l'œuvre de Philippe le Bel, inspiré par ses légistes, et le Concordat de 1516 marquent une première phase de laïcisation. S’affirme l'indépendance politique du monarque à l'égard des prétentions temporelles du Saint Siège. Pourtant, jusqu'à la Révolution, la monarchie est chrétienne ; l'Etat défend la religion qu'il professe.
Parmi les antagonismes qui ont préparé la Révolution de 1789 la scission manifeste entre le clergé catholique et la bourgeoisie, spécialement la haute bourgeoisie a un rôle important. Les querelles jansénistes s'ajoutent à la pénétration plus ou moins voilée de l'athéisme pour que la bourgeoisie, même si elle n'est pas encore irréligieuse, prenne une position hostile au clergé en tant qu'Ordre et à ses privilèges.Si la loi de 1905 appartient toujours au droit positif la notion de laïcité a évolué au cours du XX° siècle.
La laïcité, une notion libérale
la fin du XX° siècle : une laïcité ouverte
La laïcité prend en compte les évolutions les plus récentes de la société française. Les analyses ci-dessus se réfèrent à une situation où seules les confessions chrétiennes (culte catholique et culte protestant) et juive (un seul culte) étaient en cause. S'installent alors en France des communautés nouvelles dont la culture procède d'autres Livres saints (par exemple le Coran) et d'autres traditions (arménienne, tzigane, laotienne, chinoise...) Ces communautés sont cimentées par la langue et par la religion. La demande d'expression religieuse est forte. Au sein de la communauté juive le culte séfarade se distingue, parfois s'oppose, au culte ashkénaze.
Parallèlement l'opinion publique évolue ; le clergé n'est plus l'ennemi de la République ; les valeurs républicaines, si terriblement unificatrices à l'origine, admettent le droit à la différence revendiqué tant par les communautés nouvellement installées que par les défenseurs du renouveau des cultures régionales. Le rôle même de l'Etat est contesté. Il n'est plus le producteur unique de la norme juridique.
Dans ce contexte la laïcité est invoquée pour obliger les pouvoirs publics à intervenir dans les affaires religieuses : au nom de la laïcité il est demandé à l'Etat, non plus d'être impartial à l'égard de toute religion, mais de favoriser la reconnaissance de nouveaux cultes. Les sectes cherchent à appuyer leur développement sur la liberté religieuse et à se faire reconnaître les égales des religions traditionnelles : la laïcité devient une notion «ouverte.» Cette conception ouverte n'est possible que dans la mesure où la notion est et demeure tout au long du siècle, entre autres caractères une notion libérale.
Aujourd’hui la laïcité est utilisée à des fins nouvelles ; elle est invoquée à des fins opposées ; ainsi le discours en est brouillé. Des défenseurs d’une nouvelle laïcité donnent de celle-ci une interprétation faisant place aux valeurs et aux normes « différentialistes », de style communautariste ou multiculturaliste. Les mouvements sectaires, même si leurs actions sont moins médiatisées qu’au temps du rapport Vivien (1983), restent dangereux. Parallèlement des crispations resurgissent.