La répartition des compétences
entre les deux ordres de juridictions
en matière contractuelle

En matière contractuelle, lorsque la détermination de la compétence ne résulte pas de la loi, le juge administratif utilise les critères ci-après. Ainsi que vient de le rappelr la cour de cassation, la nature administrative ou judiciaire d'un contrat ne peut se déduire d'une clause attributive de compétence : Cour de Cass.3ème civ. - 2 février 2005.

Un contrat passé entre deux personnes publiques revêt, en principe, un caractère administratif.


Il en est autrement dans les cas où, eu égard à son objet, ce contrat ne fait naître entre les parties que des rapports de droit privé :

- T.C. 21 mars 1983, Union des assurances de Paris, n°2256, p.537, concl. Labetoulle in AJDA 1983, p.356.
- C.E. 11 mai 1990, B.A.S. de Blenod les Pont à mousson, n°60247.
- T.C. 7 octobre 1991, CROUS de Nancy, n°2651.
- C.E. 3 novembre 2003, Union des groupements d'achats publics, n°238008

Ces contrats, normalement de droit privé, deviennent administratifs s'ils comportent une clause exorbitante du droit commun :
- T .C. 15 novembre 1999, Commune de Bourisp c/Commune de Saint-Lary-Soulan, n°03144

Cette jurisprudence ne reste valable, depuis la loi du 11 décembre 2001 dite loi MURCEF, que pour les marchés qui ne sont pas passés en application du code des marchés publics.



Un contrat passé entre deux personnes de droit privé revêt, en principe, un caractère privé


même lorsqu'il comporte des clauses exorbitantes du droit commun ou qu'il se rattache à l'exécution d'un service public ou à l'exécution de travaux publics :
- C.E. 20 décembre 1961, société de l'autoroute Estérelle-Côte d'Azur, p.274.
ou encore qu'il ait été décidé par une personne privée exerçant une prérogative de puissance publique :
- T.C. 4 novembre 1996, préfet de la Région d'Ile de France, préfet de Paris, n°3038 ; concl. in La semaine juridique, Ed. G, n°11/97

Le marché, passé entre deux personnes privées pour l’exécution d’un mandat confié par une personne privée, est un contrat de droit privé :
- T.C. 13 juin 2007, société d’équipement du département de La Reunion c/ Banque de la Réunion, n° 3611

Il en est autrement dans quatre cas :

1° le cas où un des co-contractant dispose d'un mandat d'une personne publique (il agit alors pour le compte d'une collectivité publique) et où ce contrat, compte tenu des autres critères (cf.§3 ci-dessous), présente un caractère administratif :
- C.E. 18 décembre 1936, Sieur P., p.1134
- C.E. 2 juin 1961, Sieur L., p.365
- C.E. 27 novembre 1987, société provençale d'équipement, n°38318, p.384
- C.A.A. Nantes, 17 février 1993, AFEF-CG, n°92NT00053, T.
- T.C. 10 mai 1993, société Waner, n°2840, p.400
(personne privée agissant pour le compte d'un établissement public)

Dès lors qu'aucun des cocontractants n'agit pour le compte d'une personne publique, le contrat est privé :
- T.C. 15 mai 1991, association Girondin de Bordeaux, n°124067, p.181; avec les concl.
- T.C. 7 octobre 1991, B., n°2652, p.474.

L’arrêt du Tribunal des Conflits du 23 septembre 2002 amorce-t-il un élargissement de cas de dévolution au juge administratif dès lors qu’une personne privée agit pour le compte d’une personne publique, sans que les critères traditionnels ne soient satisfaits ?
- T.C. 23 septembre 2002, Sotram et Métalform, n°3300

contrats de travaux passés par des sociétés d'économie mixte :

En principe les contrats passés par les SEM avec une société de droit privé sont des contrats de droit privé :
- C.E. 21 juillet 1972, société Entreprise Ossude, n°78563

Ce principe connaît deux dérogations :

Ces deux arrêts ont été rendus à propos de marchés de travaux publics conclus par des sociétés d'économie mixte agissant pour le compte de collectivités locales. Dès lors que la SEM n'agit pas comme mandataire de la collectivité publique le contrat est un contrat de droit privé... :
- T.C. 23 octobre 1995, société Canal + immobilier, n°2964, note in Le Quotidien Juridique, n°42, 23 mai 1996
... et le reste alors même que, postérieurement, la modification des relations entre la SEM et la collectivité font de cette SEM la mandataire de la dite collectivité :
- T.C. 18 décembre 1995, entreprise Richelmi, n°2940.
... et le reste encore, nonobstant l'article 2 de la loi MURCEF dès lors qu'il s'agit de marchés mentionnés au I de l'art.48 de la loi n°93-122 du 29 janvier 1993, conclus par les SEM non sur le fondement du code des marchés publics, mais selon les dispositions du D.n°93-584 du 26 mars 1993 :
- C.A.A.Lyon, 3 avril 2003, société Lyon Parc Auto, n°00LY00295

... étant précisé que ni la loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 relative à la prévention de la corruption et à la transparence de la vie économique et des procédures publiques, ni aucune autre disposition n'ont rendu le code des marchés publics applicable, de façon générale, aux marchés des sociétés d'économie mixte :
- C.E. 7 mars 2005, société SECO-RAIL, n°271289

La responsabilité de la SEM est engagée comme en matière de travaux publics à l'occasion de dommage apparus que cette société ait accepté un mandat lui confiant la réalisation d’une opération de travaux publics mais avant le début effectif des travaux :
- T.C. 24 février 2003, Mme V. c/ Société d'économie mixte Ville Renouvelée, n° 3336

A propos d'une SEM à la fois concessionnaire d'un service public et mandataire de la collectivité territoriale :
C.E. 22 janvier 1997, SA Biwater, n°168790, L.


2° le cas où une personne privée dispose de prérogative de puissance publique :
- T.C. 22 novembre 1993, G., n°2851, T. (a contrario)
- T.C. 1° juillet 2002, préfet de la Manche c/ association manche Nature et autres, n°3323-3324

Una page est dédiée à la notion de prérogative de puissance publique.

3° le cas où une personne privée exécute des travaux publics :
Cf. le chapitre consacré aux marchés de travaux publics

4° Le cas du contrat passé par une association transparente

La personne privée, créée à l’initiative d’une personne publique qui en contrôle l’organisation et le fonctionnement, qui lui procure l’essentiel de ses ressources, est "transparente" ; les contrats qu’elle conclut pour l’exécution de la mission de service public qui lui est confiée sont des contrats administratifs :
- C.E. 21 mars 2007, commune de Boulogne-Billancourt, n°281796



Un contrat passé entre une personne publique et une personne privée est un contrat administratif


lorsque l'un des critères suivants est vérifié :




        

Cette page est proposée par l'ac@démie de gymnopédie juridique.